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#Covid-19 – France : la police reçoit l’ordre d’éviter certains «quartiers sensibles», 15.000 Euros d’amende, au lieux de 135 Euros.

La lutte contre le covid-19 est une épreuve pour les forces de l’ordre. En Seine-Saint-Denis (93), les verbalisations s’accumulent, mais la police a, selon nos sources, l’ordre d’éviter certains quartiers sensibles dans le département voisin des Hauts-de-Seine (92). Au risque d’y voir la contamination progresser?

La hiérarchie policière peine-t-elle à définir une stratégie d’application pour contrer les contaminations dans les quartiers sensibles? Si les policiers ont reçu pour instruction de durcir le ton en Seine-Saint-Denis (93) et d’emmener en garde à vue les resquilleurs à la troisième verbalisation pour irrespect du confinement, les patrouilles ont, dans d’autres départements, explicitement reçu l’ordre d’éviter certaines zones.

Des quartiers sensibles évités dans le 92

Des sources au sein de la police en région parisienne ont communiqué à Sputnik des instructions relatives au maintien de l’ordre dans les Hauts-de-Seine (92). Selon le document auquel nous avons eu accès, les policiers «éviteront les quartiers sensibles comme Pablo Picasso, Petit Nanterre, Zilina ou Vieux Pont». Ils ne devraient donc voir aucun contrôle policier… au risque d’y voir la contamination progresser.

Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, a affirmé sur BFMTV qu’«il n’y a pas de moindre respect du confinement en fonction de la catégorie sociale ou des origines», craignant des «relents» de stigmatisation. Si des entorses au confinement ont en effet été remarquées sur tout le territoire, le bras de fer entre policiers et jeunes des quartiers criminogènes fait toutefois craindre le pire. Certains agents se sont plaints d’insultes ou de crachats à la figure, plusieurs pillages de commerces ou l’incendie d’un restaurant Mc Donald’s à Creil ont été signalés. Pire, les jeux «du chat et de la souris» entre groupes de jeunes individus et policiers se multiplient. Les forces de l’ordre semblent déjà dépassées. Un dilemme apparaît, entre voir le virus se propager davantage dans ces zones, ou les voir s’embraser une nouvelle fois et au pire moment.

© AFP 2020 THOMAS SAMSON
Contrôle de police le 18 mars, dans un quartier paisible de Nanterre (92). Depuis mardi et le début du confinement, l’inquiétude grandissait dans les rangs de la police de voir les quartiers plus «sensibles» s’enflammer. Dans ces zones où le refus des lois de la république est devenue la norme, les impératifs sanitaires ne dérogent pas non plus à cette règle.

Des contrôles sur les grands axes dans le 93

Les chiffres de verbalisations explosent en Seine-Saint-Denis, qui rassemble à elle seule 10 % des infractions pour non-respect du confinement: en tout, plus de 1.300 amendes depuis le début du confinement. Depuis hier, les récalcitrants peuvent donc être placés en garde à vue pour «mise en danger de la vie d’autrui» après deux verbalisations. Cette infraction est passible d’un an de prison et de 15.000 € d’amende. Une fermeté jugée plus dissuasive que l’amende de 135 € (et sa majoration à 375 €) par la préfecture de Seine-Saint-Denis. Une personne est déjà ressortie avec un rappel à la loi.La plupart des verbalisations ont lieu lors de contrôles routiers sur les grands axes, et pendant la journée. Les interventions de nuit seraient réservées au maintien de l’ordre public… sauf dans les zones sensibles?

Les policiers doivent-ils exercer leur droit de retrait pour ne pas devenir «des bombes virologiques»?

Le confinement n’en est qu’à son troisième jour, mais les policiers chargés de son respect ne cachent pas leur inquiétude. Les cas de coronavirus semblent se multiplier dans leurs rangs. La hiérarchie minimise le risque, selon Linda Kebbab, du syndicat CGP. Il pourrait s’avérer dramatique.

Dans ce commissariat de Saint-Germain-en-Laye dans les Yvelines, un agent s’est mis à tousser. Puis à montrer des signes de détresse respiratoire. Il a alors été assis à l’extérieur sur une chaise, puis mis sous oxygène dès l’arrivée du SAMU. Alors qu’il était conduit à l’hôpital de Poissy, une partie du commissariat était désinfecté. Nul ne sait si l’agent sera testé au coronavirus.

Paradoxe radical: le matin même, le ministre Christophe Castaner affirmait sur Europe 1 vouloir «passer un message de confiance» et assurait que les policiers n’étaient pas «en risque». «Nous ne sommes pas dans la situation des personnels de santé qui sont confrontés directement à des malades», a-t-il ajouté. Selon le ministre, les «gestes barrières» suffiraient. Si besoin, les agents pourraient toujours, en dernier recours, se saisir d’un masque «s’ils se trouvent confrontés à un malade». Des propos qui semblent déconnectés des éléments connus sur le virus, à savoir que 80 % des porteurs seraient asymptomatiques.

Hier, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on apprenait que certains policiers se voyaient ordonner par radio de «retirer les masques de protection». Une instruction ubuesque qui a mis le feu aux poudres dans les rangs de la Police.

Les premières 48 heures de confinement, de surcroît ordonnées à la dernière minute, n’ont été que très imparfaitement respectées à travers le territoire. Pour les forces de l’ordre chargées de leur bonne application, c’est le tonneau des Danaïdes, tant le coronavirus a créé une cascade de nouveaux délits: l’irrespect du confinement, bien sûr, ou encore la verbalisation pour vente de masques, les marchés à Barbès à Paris qui restent ouverts, et bien entendu des échauffourées dans les centres commerciaux. Dans les 24 premières heures du confinement, 70.000 contrôles ont été effectués, selon le ministère de l’Intérieur, et 4.095 amendes dressées, par 100.000 policiers et gendarmes déployés sur tout le territoire.

Lâcheté et contradictions au sommet de la hiérarchie policière

Mais en deçà des chiffres qui refléteraient une machine bien huilée, la police semble désemparée. Les cas de malades semblent de plus en plus nombreux dans les commissariats à travers la France, et les ordres ne sont pas clairs, et mêmes contradictoires d’un service à l’autre, selon Linda Kebbab, déléguée du syndicat CGP FO. La policière pointe du doigt la «désorganisation» au sein de l’institution, du fait de ce «fléau», qui n’aurait pas dû prendre tout le monde de court :

«Notre État qui se targue d’être si bien organisé, démontre dans cette crise sanitaire qu’il n’est pas à la hauteur. Ils ont enchaîné les bourdes, les non-prises en considération de la dangerosité du virus, et ils continuent : ils n’ont pas le courage de dire que nous n’avons pas assez de masques.»

Une lâcheté et des contradictions qui ulcèrent notre interlocutrice: «on demande aux forces de l’ordre de conserver les apparences.» En clair: ne pas susciter de panique au sein de la population. «L’État n’est pas en mesure de protéger ses agents pour mener la guerre,» ajoute-t-elle, lapidaire.




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