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Pourquoi 89 hélicoptères de l’armée américaine ont survolé la Belgique.

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Un chapelet d’hélicoptères de combat et de transport de l’armée américaine a pris son envol, mercredi en milieu de journée, depuis la base aérienne US de Chièvres, plantée au milieu des fermes et des vaches dans ce coin vert du Hainaut, non loin de Ath et du zoo de Pairi Daiza. En deux interminables rangs d’oignons sur fond de gazon, 89 Chinooks, Black Hawks et Apaches attendaient de pouvoir gagner leur destination finale depuis le week-end dernier. « Nous partirons quand le ciel sera clair », nous déclarait mardi après-midi, sous une chape de plomb, le colonel Cain Baker, commandant de cette démonstration de force des Etats-Unis, partie du désert du Texas pour arriver en Belgique à la fin de la semaine passée.

Apocalypse Now en Wallonie ? Les monstres de la brigade aérienne de la 1ère Division de cavalerie de l’armée américaine, en première ligne dans le bourbier de la guerre du Vietnam, crevant l’écran dans le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola, ont transité quelques jours en Belgique. Ce mercredi, 28 des 89 appareils ont déjà mis le cap vers l’Est. Tous devraient avoir rejoint leur affectation, d’ici la fin de la semaine : ils seront stationnés en Lettonie, Roumanie, Pologne et en Allemagne. Environ 1.900 militaires font partie de ce déploiement, avec 700 « pièces d’équipement », acheminées à bord de C-17 Globemaster, l’avion transporteur de l’armée américaine, un mastodonte.

« Notre mission s’inscrit dans une mission globale visant à renforcer la dissuasion, ensemble avec nos partenaires. Pas seulement avec des hélicoptères : également avec des forces au sol, détaille le colonel Baker, un Apache surarmé dans le dos. Nous, nous soutenons ces forces au sol, quelle que soit leur nationalité. L’idée, c’est de disposer d’une capacité complète pour prévenir tout type de conflit ». Dans le collimateur : les menaces venant de Russie, comme avait dit Donald Trump, le 25 mai dernier, au nouveau QG de l’Otan à Bruxelles.

La 1st Air Cavalry Brigade est basée à Fort Hood, au Texas, entre Austin et Dallas, la plus grande base militaire aux Etats-Unis. Elle prend la relève de la 10th Combat Aviation Brigade (Etat de New York), pour neuf mois également. Après le Vietnam, la force texane est intervenue dans les guerres de l’ex-Yougoslavie, celles d’Irak, en Afghanistan. « Nous volons aussi à Fort Hood. On s’entraîne en permanence ! », lâche Cain Baker.

Opération « Atlantic Resolve »

Le contingent US débarque en Europe dans le cadre de l’opération « Atlantic Resolve », décidée par le président Obama et poursuivie par Donald Trump. Mission : renforcer la défense des alliés européens et la dissuasion face à la Russie, après son intervention en Ukraine et l’annexion de la péninsule de Crimée. Depuis, l’armée américaine s’est redéployée en Europe et multiplie à l’Est les exercices avec les Alliés. « C’est crucial, car cela permet vraiment de voir comment travailler ensemble, de tester les procédures et la marche à suivre », ajoute Baker.

Les hélicos de la 1st Air Cavalry Brigade sont arrivés en fin de semaine dernière, presque tous à bord d’un énorme navire-cargo, au port de Zeebruges – une première. Aucun exercice n’est prévu dans les mois à venir avec l’armée belge, dont une centaine d’hommes ont rejoint cet été un bataillon de forces multinationales de l’Otan déployé en Lituanie. Mais le débarquement à Zeebruges et le transit vers Chièvres se sont déroulés avec l’appui de la Marine belge, en un temps record : « En 52 heures plutôt que les 96 habituellement nécessaires », selon le « Public Affairs Officer », le lieutenant-colonel Don Peters. « Cela a été un exercice en soi », souligne le patron de cette force héliportée, qui n’oublie pas son devoir : il salue « l’extraordinaire accueil reçu ».

Cela montre la contribution croissante des Etats-Unis à la défense et à la dissuasion

« Atlantic Resolve », comme le renforcement de la présence de l’Otan à l’Est, dans les pays Baltes, en Pologne et sur les rives de la mer Noire, constituent en fait le plus important renforcement de la défense collective des pays de l’Otan depuis la fin de la Guerre froide. Car l’heure n’est plus à la détente. C’est même le retour aux fondamentaux : la défense du territoire allié. Et un retour-éclair en Belgique pour Baker, qui y a vécu une bonne partie de ses primaires : avec son père, commandant au Shape, le Commandement suprême des forces alliées en Europe, à Mons, le futur colonel venait déjà voir des shows aériens à Chièvres. « J’ai voulu devenir pilote en voyant cela », confie-t-il. C’était il y a un quart de siècle, peu après la dislocation de l’URSS…

L’armée américaine, en solo ou dans le cadre de l’Otan, effectue un comeback sur le Vieux continent, après des années de désengagement. Avec des hélicoptères de combat, des avions, des chars, des navires, de l’artillerie, de l’infanterie et du matériel pré-positionné en divers endroits stratégiques. « J’ai pris le commandement de la garnison en juin 2016. A ce moment-là, il n’y avait aucun pré-positionnement. Depuis, en un an environ, il y a trois sites de stockage », témoigne le colonel Kurt Connell, commandant du contingent américain au Benelux, soit une brigade d’artillerie et une brigade blindée – quasi l’équivalent d’une division. « Cela montre la contribution croissante des Etats-Unis à la défense et à la dissuasion, ajoute Connell. Le matériel pré-positionné avait été renvoyé aux Etats-Unis il y a six ou sept ans. Puis, avec ce qui s’est passé en Ukraine et avec les changements géopolitiques, les Etats-Unis ont changé d’optique. Cela prendrait beaucoup de temps de ramener tout ce matériel par bateau. Désormais, nous sommes beaucoup plus agiles ».

Les chiffres

4,8

C’est, en milliards de dollars, le budget de la présence renforcée américaine en Europe pour l’année 2018.

40 %

C’est le pourcentage de la hausse de ce budget demandé par l’Administration Trump, par rapport au budget 2017 décidé sous Obama.

x4

Mais c’est bien l’ex-président qui avait pris l’initiative, en décidant de… quadrupler le budget 2017 par rapport à 2016. Nom de code de l’opération : « European Reassurance Initiative », qui finance « Atlantic Resolve ».

La force de dissuasion face à la Russie: assez ou encore?

PHILIPPE REGNIER

N ous faisons face à une redistribution des sphères d’influence et à l’expansion de l’Otan », a encore pesté Vladimir Poutine, fin de la semaine dernière, toujours déterminé à contester la victoire « autoproclamée » de l’Ouest dans la Guerre froide. « L’excès de confiance mène invariablement aux erreurs », a même averti le président russe, lors d’un long discours prononcé, à Sotchi, devant le Club de discussion Valdaï, où l’élite russe milite pour un monde multipolaire, avec la Russie en bonne place, face à un monde jugé unipolaire – et dominé par les Etats-Unis.

Au même moment, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov déclarait devant le Conseil de coopération de la mer de Barents (Russie, Norvège, Suède, Finlande) : « Bien sûr, nous sommes préoccupés par la situation politico-militaire dans la région balte et par les efforts de l’Otan de renforcer sa présence ». Et le vétéran de la diplomatie russe de réitérer sa vision de la « stratégie politique délibérée » de l’Alliance atlantique et « surtout des Etats-Unis »  : il s’agit de « contenir la Russie ».

« En face », on ne s’en cache pas. Toutes les mesures de renforcement de la présence des forces alliées aux portes de la Russie, certes « défensives, par rotation, proportionnées et conformes avec les obligations internationales » comme le répète le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, sont bel et bien destinées à muscler la « posture de dissuasion et de défense » de l’Alliance, désignée comme « l’ennemi » par Moscou. Mais il ne s’agit pas « d’encercler » la Russie, comme la propagande du Kremlin le martèle depuis l’adhésion à l’Otan choisie par d’anciennes républiques d’URSS. Face au million de soldats russes, les Etats-Unis ont redéployé des chars et une bonne dizaine de milliers d’hommes et l’Otan, quatre bataillons de 1.000 militaires chacun, envoyés dans les trois Baltes et en Pologne. Il s’agit de « rassurer » les Alliés voisins de la Russie, aux premières loges de la redoutable opération russe menée en Crimée ukrainienne au début 2014, puis de la déstabilisation du Donbass, dans l’est industriel de l’Ukraine.

Une intervention « hybride »

La rapidité et la sophistication de cette intervention « hybride » (soldats sans insigne, cyberattaques, désinformation, etc.) ne cesse d’inquiéter, dans les rangs occidentaux. A tel point que la musculation en cours, malgré l’escalade qu’elle suscite et les risques croissants d’un dérapage en cas de geste involontaire ou mal interprété de l’un ou l’autre camp, paraît déjà en passe d’être jugée par certains… insuffisante. La question devrait atterrir sur la table des ministres de la Défense de l’Alliance, qui se réunissent les 8 et 9 novembre. Et le dossier pourrait « remonter » au prochain sommet de l’Otan, qui se tiendra les 11 et 12 juillet prochains à Bruxelles.

Une publication, ce lundi, de l’influent think tank Carnegie Europe plaide sans équivoque pour un renforcement supplémentaire de la dissuasion face à la Russie : « Le processus de renforcement du flanc Est de l’Alliance est loin d’être terminé », préconise l’étude, qui plaide notamment pour le stationnement « permanent » de troupes et pour un « Schengen militaire », afin de fluidifier les passages aux frontières des armées sur le Vieux continent. Un « rapport secret » établi par l’Otan, révélé ce week-end par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, irait dans le même sens, pointant les faiblesses de l’Alliance, notamment logistiques, qui serait incapable de se défendre avec la rapidité nécessaire en cas d’attaque surprise russe, en tout cas de dissuader Poutine « d’exercer une pression politique » sur les Alliés à l’extrême est.

Entre-temps, l’opération « Atlantic Resolve » de l’armée américaine permet de dire à Stoltenberg, passablement secoué par les phrases assassines prononcées par un Trump en campagne contre une Alliance « obsolète » et peu soucieux de solidarité envers les « mauvais payeurs » dans l’Otan, que les Etats-Unis restent solidement attachés à la défense collective de l’Europe. Non seulement « en paroles mais aussi en actes. La présence américaine en Europe est à la hausse, pas à la baisse », insiste le « SecGen ».

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