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[PHOTOS] Accord conclu pour l’évacuation des civils à Alep

-- Temps de lecture: 7 minutes --

?Au moins 82 civils ont été tués «au cours des 48 dernières heures» à Alep

?De ces 82 personnes, 11 seraient des femmes et 13 des enfants

?Le régime de Damas est sur le point de ravir Alep aux rebelles

?Les Russes ont préparé le terrain en bombardant Alep depuis 1 mois

?Un accord a été conclu pour l’évacuation «dans les prochaines heures» des civils et des rebelles de la ville 

Des résidents d'Alep fuient le quartier Bustan al-Qasr.

AFP
Des résidents d’Alep fuient le quartier Bustan al-Qasr.

Un accord sur une évacuation des civils et des insurgés d’Alep a été conclu mardi, ont annoncé des groupes rebelles après une vague d’indignation internationale contre des atrocités commises dans cette deuxième ville de Syrie en passe de tomber aux mains du régime.

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L’enjeu humanitaire est immense puisque des dizaines de milliers de personnes restent assiégées dans les derniers quartiers rebelles soumis au pilonnage de l’armée, qui est sur le point de remporter sa plus grande victoire depuis le début du conflit en 2011.

L’accord pour évacuer «les habitants et les rebelles avec leurs armes légères des quartiers assiégés» a été conclu «sous la houlette de la Russie et de la Turquie», soutiens respectifs du régime de Bachar al-Assad et de la rébellion, a affirmé à l’AFP un responsable rebelle.

Il «entrera en vigueur dans les prochaines heures», a précisé Yasser al-Youssef, un responsable du bureau politique de l’influent groupe Noureddine al-Zinki. «Dans une première étape, les blessés et les civils seront évacués. Ensuite, les rebelles sortiront avec leurs armes légères.»

«Ceux qui partiront choisiront d’aller soit dans l’ouest de la province d’Alep ou vers la province (voisine) d’Idleb (nord-ouest)», dans des régions sous contrôle rebelle, a-t-il poursuivi.

Une source à Ahrar al-Cham, autre influent groupe rebelle islamiste, a confirmé un accord d’évacuation en précisant que les civils puis les rebelles seraient transportés à bord de bus vers ces régions.

Des résidents d'Alep fuient le quartier Bustan al-Qasr.

AFP
Des résidents d’Alep fuient le quartier Bustan al-Qasr.

82 civils tués en 48 heures

Les forces soutenant le régime syrien ont exécuté au moins 82 civils, dont des femmes et des enfants, «probablement au cours des dernières 48 heures», dans des quartiers d’Alep-Est qu’elles ont repris aux rebelles, a annoncé mardi l’ONU.

Le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, Rupert Colville, a indiqué que ces victimes, parmi lesquelles figuraient 11 femmes et 13 enfants, avaient été tuées dans quatre différents quartiers d’Alep, la ville martyre du nord de la Syrie que le régime de Damas est sur le point de ravir aux rebelles.

«Nous avons été informés que des forces pro-gouvernementales ont pénétré dans des habitations et tué les civils qui s’y trouvaient, y compris les femmes et les enfants», a-t-il dit.

M. Colville a reconnu qu’il était «incroyablement difficile de vérifier ces informations». «Toutefois, elles ont été corroborées par des multiples sources dignes de foi», a-t-il souligné.

Interrogé sur ce qu’il entendait par «forces pro-gouvernementales», le porte-parole a répondu: «c’est un mélange d’armée syrienne et de milices».

Des combattants pro-régime les bras dans les airs pendant que des habitants du quartier Bustan al-Qasr fuient.

AFP
Des combattants pro-régime les bras dans les airs pendant que des habitants du quartier Bustan al-Qasr fuient.

L’armée fidèle au président syrien Bachar al-Assad est soutenue par des militants du Hezbollah libanais, des combattants iraniens et des miliciens irakiens dans sa lutte contre les groupes armés d’opposition.

M. Colville a indiqué que selon des informations de plusieurs sources, «des dizaines de civils ont été abattus par balles lundi sur la place al-Ahrar dans le quartier de Kallasé et aussi dans le quartier de Boustane al-Qasr, par les forces gouvernementales et leurs alliés, dont apparemment le groupe armé irakien al-Nujabaa».

«Nous avons reçu hier soir des informations selon lesquelles de nombreux corps gisaient dans les rues, que les habitants ne pouvaient pas récupérer en raison des bombardements intensifs et de peur d’être la cible de tirs», a-t-il dit.

Interrogé sur la participation de combattants du Hezbollah ou de miliciens iraniens à ces exactions, le porte-parole a répondu qu’il n’avait «aucune information à ce sujet».

Aujourd’hui, seuls des chats errants sont visibles dans les ruelles jonchées de gravats de la Vieille ville inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.

AFP
Aujourd’hui, seuls des chats errants sont visibles dans les ruelles jonchées de gravats de la Vieille ville inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.

M. Colville a indiqué que certains civils ont réussi à s’enfuir lundi avant l’arrivée des forces pro-gouvernementales. «Mais d’autres ont été apparemment arrêtés et tués sur place», a-t-il dit. «On pense qu’il y a encore des milliers de civils dans les quartiers qui jusqu’à récemment étaient sous le contrôle de l’opposition, parmi lesquels des activistes et des membres de la Défense Civile qui risquent d’être arrêtés, torturés et tués», a-t-il averti.

Les groupes d’opposition ne tiennent plus aujourd’hui qu’un territoire limité de la ville d’Alep, qui peut désormais tomber à tout moment, ce qui constituerait pour le régime de Damas une victoire majeure.

«Notre sort est scellé. Pourquoi nous cacher? Cela ne nous fera aucun bien. Nous allons mourir ou nous serons arrêtés», a déclaré lundi soir à l’AFP Ibrahim Abou al-Leith, le porte-parole des Casques Blancs, l’organisation des secouristes qui opère dans les quartiers de la rébellion.

Des membres de forces pro-régimes prient dans la mosquée Umayyad.

AFP
Des membres de forces pro-régimes prient dans la mosquée Umayyad.

«Pris au piège»

L’armée syrienne et les forces étrangères qui la soutiennent contrôlent plus de 90% d’Alep-Est et menaient mardi des opérations de ratissage sans avoir effectué de nouvelles percées majeures, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

«Il y a des dizaines de corps dans les rues à cause des bombardements intenses menés par les forces du régime. Nous n’avons pas de confirmation concernant les exécutions», a précisé son directeur, Rami Abdel Rahmane.

Le Comité international de la Croix-rouge (CICR) a appelé toutes les parties à «épargner les vies humaines» à Alep, où «les vies de milliers de civils sont en danger».

Des membres de forces pro-gouvernement marchent dans le quartier Bustan al-Qasr.

AFP

La télévision d’État syrienne a diffusé des images filmées dans les quartiers repris aux rebelles: un paysage de désolation, de ruines et de gravats à perte de vue sous une pluie fine.

Quittant cette zone, plusieurs centaines d’hommes et de femmes de tout âge, formaient une file sans fin et avançaient à petits pas, certains emmitouflés dans des couvertures ou des manteaux, portant leurs enfants en bas âge et leurs maigres possessions dans des sacs en plastique.

La reprise totale d’Alep, divisée depuis 2012, va permettre au régime de contrôler les cinq plus grandes villes de Syrie, avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié. Un revirement qui n’aurait pas été possible sans le précieux soutien de Moscou, allié indéfectible de Damas.

Des résidents d'Alep, en fuite en raison des violences dans le quartier Bustan al-Qasr se réchauffent près d'un feu.

AFP
Des résidents d’Alep, en fuite en raison des violences dans le quartier Bustan al-Qasr se réchauffent près d’un feu.

Engagée en Syrie depuis septembre 2015, l’armée russe a ainsi mené quatre semaines de bombardements particulièrement meurtriers et destructeurs sur Alep, qui ont préparé le terrain à cette victoire du régime.

Les rebelles ont commencé à céder du terrain lorsque l’armée, soutenue par des combattants iraniens et du Hezbollah libanais, a lancé son campagne foudroyante le 15 novembre.

En quatre semaines, cette opération militaire a coûté la vie à plus de 463 civils à Alep-Est selon l’OSDH, tandis que 130 civils étaient tués par des tirs rebelles dans l’ouest de la ville. Plus de 130 000 civils ont fui les quartiers Est.

Un combattant pro-régime discute avec un enfant pendant que des résidents d'Alep fuient le quartier Bustan al-Qasr.

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Un combattant pro-régime discute avec un enfant pendant que des résidents d’Alep fuient le quartier Bustan al-Qasr.

Londres veut le départ d’Assad

Londres veut le départ de Bachar al-Assad, a déclaré mardi une porte-parole de Downing Street, répétant la position de longue date du gouvernement britannique.

«Nous ne pensons pas que le président Assad, qui dirige avec une telle cruauté barbare le peuple de Syrie, soit la voie vers un avenir sûr et prospère pour la Syrie à long terme», a dit la porte-parole lors d’un point presse régulier.

«C’est pourquoi nous estimons qu’il doit y avoir une transition politique sans Assad» en Syrie, a-t-elle ajouté, alors que l’ONU s’est alarmée mardi de l’exécution présumée par des supplétifs du régime syrien de dizaines de dizaines de civils, dont des enfants, dans la ville d’Alep.

Elle a ajouté que le Royaume-Uni ferait pression sur ses partenaires européens lors du sommet de jeudi à Bruxelles pour adopter une «déclaration ferme et claire» sur la situation à Alep, et notamment «la nécessité d’un accès humanitaire et d’un cessez-le-feu».

Quatre années durant, la Vieille ville a été l’une des lignes de front. Ses vestiges antiques portent les traces des combats incessants.

AFP
Quatre années durant, la Vieille ville a été l’une des lignes de front. Ses vestiges antiques portent les traces des combats incessants.

Paris dénonce d’«innombrables atrocités»

Le nouveau premier ministre français Bernard Cazeneuve a dénoncé mardi les «innombrables atrocités» et les «massacres» commis par le régime syrien contre des civils à Alep, qui peuvent constituer selon lui des «crimes de guerre voire des crimes contre l’humanité».

«Je dénonce l’horreur de ces massacres et j’affirme que ceux qui les ont perpétrés auront à rendre compte, devant la communauté internationale des crimes dont ils sont les auteurs», a-t-il déclaré en préambule de son premier discours devant les députés.

La Vieille ville d’Alep, renommée pour ses souks animés et sa citadelle pluricentenaire, est aujourd’hui méconnaissable après des années d’une guerre sans merci qui a ravagé la deuxième ville de Syrie.

AFP
La Vieille ville d’Alep, renommée pour ses souks animés et sa citadelle pluricentenaire, est aujourd’hui méconnaissable après des années d’une guerre sans merci qui a ravagé la deuxième ville de Syrie.

Des ONG appellent à l’évacuation

Des groupes de défense de la presse ont appelé mardi à l’ouverture d’un passage pour permettre aux professionnels des médias bloqués dans la partie rebelle d’Alep, de sortir en toute sécurité.

Le Centre libanais SKeyes, le Rory Peck Trust basé à Londres et 18 autres groupes de presse réclament «des mesures pour sauvegarder la vie des personnes travaillant dans les médias qui vivent à Alep et ont choisi de quitter la ville».

Ils demandent dans un communiqué commun, notamment l’ouverture «de passages sécurisés pour les travailleurs des médias» et le «respect du travail et l’intégrité physique des professionnels des médias», en rappelant qu’ils sont protégés par le droit international.

Des membres de forces pro-gouvernement marchent dans le quartier Bustan al-Qasr.

AFP
Des membres de forces pro-gouvernement marchent dans le quartier Bustan al-Qasr.

Les derniers survivants d’Alep doivent être évacués rapidement, a réclamé l’ONG Médecins du Monde.

«Alep est dans une situation d’urgence absolue: environ 100 000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km carrés», a déclaré à l’AFP la présidente de Médecins du Monde (MDM), Dr Françoise Sivignon. Elle a été reçue lundi par le président François Hollande, aux côtés de responsables de Médecins sans frontières (MSF) et de l’Union des organisations de secours et soins médicaux France (UOSSM).

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