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Le monde à la croisée des chemins – Syrie et Donbass, des conflits jumeaux sur le point de mettre le feu aux poudres

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Comme en 1914, il semble que ce soient des pays périphériques aux parties en présence du grand conflit qui se prépare qui seront le déclencheur de ce dernier. La tension qui monte depuis des mois dans les deux zones de conflit, atteint désormais un tel niveau que le camp de l’OTAN commence à montrer publiquement l’hystérie qui règne dans ses rangs, pendant que la Russie et ses alliés continuent à essayer de désamorcer jusqu’au bout ce conflit qui semble de plus en plus inéluctable.

Il faut dire qu’aux États-Unis, la campagne d’Hillary Clinton a de plus en plus de plomb dans l’aile, après que Wikileaks ait décidé de publier certaines des interventions de la candidate à huis clos devant les représentants des plus grandes banques américaines, où elle promet le contraire de ce qu’elle promet devant le peuple américain. Pour faire bonne mesure, une vieille vidéo datant de 2005, montrant Trump en train de tenir des propos sexistes a été publiée. Voilà à quel niveau lamentable en est l’élection présidentielle du pays qui se veut être le dirigeant et le gendarme du monde. Çà laisse songeur…

Le tout sur fond de nouvelles menaces de sanctions contre la Russie suite aux piratages ayant émaillé la campagne présidentielle américaine. Sans preuves bien sûr que la Russie soit impliquée. Il faut dire que si l’hystérie atteint un tel niveau aux États-Unis, c’est que les néo-conservateurs veulent la guerre, et risquer que le futur président s’y refuse n’est pas acceptable. Il faut donc faire vite avant les élections du 8 novembre.

Alors après le bombardement, déguisé en bavure, de l’armée Syrienne par les avions de la coalition US, des fuites concernant une volonté américaine de bombarder délibérément les forces gouvernementales syriennes ont commencé à sortir dans la presse. Des fuites plus ou moins intentionnelles dans l’espoir de faire peur à la Russie. Car les États-Unis semblent prendre la volonté de négociation et de dialogue de la Russie pour de la faiblesse. Mauvaise pioche.

La réponse de la Russie fut simple, rapide et sans appel : si un avion ou un missile non identifié menace les zones contrôlées par le gouvernement syrien, les systèmes de défense anti-aérienne S300 et S400 installés en Syrie seront utilisés. Et tant pis pour l’engin « non identifié » qui aura été abattu.

« Le personnel russe des systèmes de défense aérienne a peu de chances d’avoir le temps de déterminer les trajectoires exactes d’éventuels missiles et qui les a tirés. De plus, toutes les illusions d’amateurs sur l’existence d’avions “furtifs” feront face à une réalité décevante », a ainsi déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général Igor Konachenkov, qui a aussi invité Washington à procéder à un « calcul approfondi des conséquences possibles de ces projets ».

Des menaces efficaces puisque juste après les États-Unis ont indiqué ne pas envisager de telles frappes dans l’immédiat sans exclure totalement cette possibilité. C’est vrai que çà ne serait pas leur genre (sic).

Et alors que la Russie se dit prête à soutenir la proposition de l’émissaire de l’Onu en Syrie de laisser partir le front Al Nosra d’Alep pour sauver la ville, la soit-disant opposition syrienne retranchée dans Alep-Est a miné les corridors humanitaires par lesquels les civils pouvaient espérer quitter cet enfer, et ceux qui essayent quand même de s’échapper subissent des répressions de la part de cette même « opposition ». Terroristes vous avez dit ?

Aujourd’hui à l’ONU, la Russie défendra donc ce projet sous la forme d’une résolution alternative à la proposition française, que la Russie juge irréalisable. Il y a fort à parier que les vetos des membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU vont au final bloquer les deux propositions. Pourtant en laissant partir le front Al Nosra d’Alep, la Russie semble faire un grand compromis.

Un compromis qui n’est en réalité qu’une ruse de joueur d’échec. Les puissances occidentales qui défendent les terroristes pompeusement appelés « opposition modérée », prétendent vouloir sauver Alep et sa population. Si tel est le cas, alors elles doivent accepter la résolution russe. Pourquoi ne le feraient-elles pas ? Cela sauverait leurs djihadistes qui leur ont déjà coûté si cher en investissement, et qui ne leur ont toujours pas rapporté la tête d’Assad, ainsi que les civils.

Oui mais voilà Alep est surtout une bataille symbolique comme le fut celle de Stalingrad pendant la Seconde Guerre Mondiale. Si le Front Al-Nosra fuit Alep, symboliquement ce sera un désastre, et même s’ils se réfugient ailleurs, la guerre sera définitivement perdue pour eux. Si au contraire la résolution portée par la Russie est refusée, alors les pays occidentaux crieront à la face du monde l’horrible réalité : à savoir qu’ils préfèrent voir la ville être rasée plutôt que de voir la fin de cette guerre qui les arrange bien.

Pendant ce temps dans le Donbass, après la très légère accalmie de septembre, l’armée ukrainienne a repris ses mauvaises habitudes, avec 1352 bombardements de la République Populaire de Donetsk pendant la semaine écoulée, faisant six morts et sept blessés. Et les autorités ukrainiennes ne sont pas en reste après avoir demandé de transmettre des vêtements d’hiver à leurs soldats prisonniers des Républiques Populaires de Donetsk et Lougansk, au lieu de les faire libérer en validant le protocole d’échange « tous contre tous » tel que prévu dans les accords de Minsk. Et au lieu de punir l’Ukraine pour son non respect des engagements pris, l’Allemagne lie la levée des sanctions européennes contre la Russie, à la réussite du désengagement des forces dans le Donbass.

Donc si Kiev ne tient pas sa parole et ne retire pas ses forces de la ligne de front, c’est la Russie qui sera punie. Logique n’est-ce pas ? Et ce malgré les appels d’analystes occidentaux comme Mark Pfeifle à réaliser que l’Ukraine est un état kleptocrate, et qu’elle est devenue une « chaudière bouillante » qui risque de déborder et de provoquer la pire crise dans les relations entre Moscou et Washington depuis la fin de la guerre froide.

Si les propos de Pfeifle sont nuancés côté Syrien par l’analyse de Bassam Tahhan qui estime que les États-Unis n’iront pas jusqu’à une confrontation directe avec la Russie, mais enverront les djihadistes ou les pétromonarchies et la Turquie au casse pipe à leur place, tout en n’excluant pas un risque de dérapage incontrôlé, le ministre des Affaires étrangères allemand se montre beaucoup moins rassurant. Dans un entretien accordé au Bild, Frank-Walter Steinmeier s’est déclaré inquiet de l’accroissement des tensions entre la Russie et les États-Unis : « C’est une illusion de croire qu’il s’agit de l’ancienne Guerre froide. Les temps actuels sont différents, plus dangereux ».

Dans le même article, l’ex-diplomate allemand et ancien médiateur de l’OSCE pour l’Ukraine Wolfgang Ischinger, pense lui que « le danger d’une confrontation militaire est considérable » et qu’il « n’a jamais été aussi important depuis des décennies et la confiance entre l’Ouest et l’Est jamais aussi faible ».

Même les généraux américains parlent désormais ouvertement d’un risque de confrontation directe avec la Russie, décrivant une telle guerre potentielle comme « extrêmement létale et rapide ».

De tels discours doivent être pris pour ce qu’ils sont : une tentative de préparer psychologiquement les populations à accepter cette future guerre comme étant inéluctable, alors que les États-Unis pourraient arrêter toute cette machine de guerre en admettant simplement qu’ils n’ont pas à décider du sort du monde. Mais que c’est au monde entier de décider de son destin.

Mais cet empire sur le déclin n’étant pas capable de se remettre en question, il a donc décidé de craquer l’allumette au dessus de la flaque d’essence qu’il a lui-même déversée au sol en Syrie et dans le Donbass. Et tant pis pour les conséquences pour l’ensemble du monde…

Christelle Néant doni

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