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Russie : Ce que l’armée russe a réalisé en Syrie

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La Russie poursuivait en Syrie plusieurs objectifs : soutenir Bachar el-Assad, démontrer sa puissance militaire, affaiblir les terroristes et obtenir certaines préférences des pays occidentaux. De l’avis des experts interrogés par le quotidien économique RBC, ces objectifs sont totalement ou en partie atteints.

Pilote russe d'un Su-24 sur la base de Lattaquié, en Syrie, avant son retour en Russie, le 15 mars. Crédits : ministère de la défense russe.
Pilote russe d’un Su-24 sur la base de Lattaquié, en Syrie, avant son retour en Russie, le 15 mars. Crédits : ministère de la défense russe

Le soutien à Assad

En lançant la campagne de Syrie en octobre 2015, Vladimir Poutine avait confié aux forces armées aériennes de la Fédération la mission de « stabiliser le pouvoir légal en Syrie et y créer les conditions nécessaires à la recherche d’un compromis politique ». Lundi 14 mars, en annonçant le retrait d’une partie des troupes, le président a déclaré : « J’estime que les tâches que nous avions fixées au ministère de la défense ont été remplies dans l’ensemble. »

Une source de RBC proche du Kremlin, commentant la décision du président russe, a souligné que grâce à l’intervention de la Fédération en Syrie, « un processus de négociations de paix a été enclenché, les terroristes ont échoué à renverser le pouvoir légal et leurs organisations ont subi de lourdes pertes ».

Effectivement, au cours de ces cinq mois de combats, la Russie est parvenue à maintenir au pouvoir un de ses alliés clés au Proche-Orient : le président Bachar el-Assad, qui a même renforcé ses positions. En septembre 2015, l’armée gouvernementale syrienne se trouvait au bord de la débâcle, soulignent des interlocuteurs de RBC proches de l’administration du Kremlin. Ils précisent que les terroristes se trouvaient déjà dans la banlieue de Damas, et que les semaines étaient comptées pour le régime d’Assad. Si le président syrien était renversé, un groupe terroriste aurait pu s’emparer du pouvoir dans ce pays, ce que Moscou ne pouvait admettre et c’est la raison pour laquelle elle a déclenché son opération, soulignent les sources de RBC.

Grâce à l’intervention de la Russie, l’armée syrienne a pris le contrôle de territoires d’importance stratégique. À l’heure actuelle, l’anneau autour d’Alep, deuxième ville de la république après Damas, est presque entièrement repris. À l’automne 2015, l’armée gouvernementale, soutenue par les bombardiers russes, a pu couper la ville des territoires du Nord qui sont aux mains de l’opposition. La base aérienne syrienne de Kweires, assiégée par des groupes de Daech depuis plus de trois ans, a été libérée.

En cinq mois de présence russe en Syrie, l’armée d’Assad a pu reprendre le contrôle d’une grande partie des provinces de Hama et de Homs, libérer la province de Lattaquié et commencer à combattre pour libérer la ville de Palmyre.

Pour les analystes de Stratfor, société privée américaine qui œuvre dans le domaine du renseignement, l’aviation russe, soutenue par le Liban et l’Iran, a permis aux forces d’Assad de prendre le dessus sur les détachements de l’opposition dans tout le pays. Pourtant, souligne-t-on au sein de la société américaine, le récent retrait des forces aériennes russes va affaiblir les troupes loyales au président syrien.

Démonstration de force en Syrie

Troupes russes sur l'aéroport de Lattaquié en Syrie. Crédits : ministère de la défense russe
Troupes russes à l’aéroport de Lattaquié en Syrie. Crédits : ministère de la défense russe

Les experts de Stratfor affirment également que la Russie, en s’engageant en Syrie, cherchait avant tout à faire la démonstration de l’équipement technique de son armée.

Presque tous les plus récents avions, systèmes de défense anti-aérienne, navires et sous-marins russes ont participé à cette opération syrienne de 167 jours. Jusqu’à 70 avions ont été envoyés sur place en un peu plus de cinq mois, notamment les tout récents chasseurs Su-35 de quatrième génération.

La campagne syrienne a aussi constitué le baptême du feu du bombardier stratégique Tu-160, qui n’avait jamais participé à aucun combat jusque-là. Après l’affaire du Su-24 abattu par la Turquie, la défense russe a en outre déployé sur sa base syrienne tout un complexe de systèmes de défense anti-missile, notamment des Pantsir-S1, des Buk-M2 et des systèmes de défense anti-aérienne S-400.

La couverture par la mer des forces aériennes a été assurée par des navires de force opérationnelle de la flotte militaire russe, notamment le sous-marin B-237 Rostov-sur-le-Don et le croiseur Varègue. C’est ce groupe de navires qui a effectué le lancement de 48 missiles de croisière Calibre sur le territoire syrien, utilisés pour la première fois lors d’une opération militaire.

Les experts de Stratfor estiment que la Russie a obtenu les résultats recherchés en matière de démonstration de force : le pays se prépare en ce moment à vendre des armes à l’Iran pour un montant de 8 milliards de dollars.

Lutte contre le terrorisme et succès diplomatique

carte syrie Etat islamique
Crédits : RBC

Commentant les résultats de l’opération, le ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou, a déclaré que 209 sites d’infrastructure pétrolière et 2 912 équipements d’extraction avaient été anéantis en Syrie. Près de 2 000 terroristes ressortissants de la Fédération russe ont été tués.

Quand elle estime son efficacité, la défense russe se concentre sur les territoires libérés, sans mentionner le nombre total de terroristes liquidés. Lors d’un briefing de l’état-major des forces armées russes le 15 janvier, le lieutenant-général Sergueï Roudskoï a déclaré qu’en 100 jours, 271 agglomérations avaient été libérées, sur un territoire de 1 000 km2.

La coalition dirigée par les États-Unis, elle, publie des données sur le nombre de terroristes tués. Ainsi, en janvier 2016, plus de 22 000 terroristes de l’État islamique ont trouvé la mort dans les bombardements sur le Nord de la Syrie et l’Irak. Dans le même temps, les Kurdes syriens, soutenus dans les airs par les forces de la coalition, ont pu élargir le territoire sous leur contrôle jusqu’à 15 800 km2, soit une augmentation de 186 %.

Pour l’expert militaire Anatoli Khramtchikhine, la campagne de Syrie a enfin permis à la Russie de remporter une victoire diplomatique, en contraignant l’Occident à la traiter en égale. « Cet objectif est atteint. Tout le monde a pu voir que deux pays se sont chargés de la résolution du problème syrien : la Russie et les États-Unis », souligne l’expert. Pour ne citer que cet exemple, les deux pays se sont entendus sur la déclaration d’une trêve, annoncée le 27 février.

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