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391 enfants enlevés par l’Ukraine à leurs parents du Donbass

C’est lors d’une interview avec madame Jaana Chepikova que je fus sidéré d’entendre une histoire terrifiante d’enlèvement d’enfants par l’Ukraine de Kiev. L’événement se situe au commencement de l’agression des populations russophones dans l’Est du pays durant le printemps et l’été 2014. De Kiev arrive l’ordre impératif d’évacuer toutes les écoles, les universités, les centres de sociaux, les orphelinats, les administrations. Pour les enfants, les différents ministères de Kiev donnent en effet l’ordre d’évacuation avec pour point de ralliement la ville de Vinnitsa. La plupart des directeurs, proviseurs et responsables refusent mais dans le lot, quelques fanatiques de l’Ouest de l’Ukraine décident d’obtempérer en emmenant les enfants sous leurs responsabilités. Seulement voilà… ces enfants ont des familles et des parents dans le Donbass et n’en possèdent pas en Ukraine.

Cette histoire dramatique se poursuit toujours à l’heure actuelle, les 391 enfants ont fait l’objet des points à négocier dans les accords de Minsk. Jusqu’à présent Jaana Chepikova indique que la partie ukrainienne refuse de rendre les enfants à leurs familles : « c’est justement un des points où le gouvernement de Kiev ne veut rien savoir, ces enfants ont été enlevés, ils n’ont pas de famille en Ukraine, mais seulement dans le Donbass, leurs parents sont dans un grand désarroi, les enfants sont retenus dans un orphelinat et nous savons que l’Ukraine commence à les confier à des structures d’accueil, il est même question, nous en avons peur d’en envoyer aux USA. Nos tentatives d’alerter les organisations internationales comme Amnesty International sont vaines, nous n’avons pas d’oreilles à qui nous adresser, surtout parce que la Communauté internationale nous ignore ».

Une triste réalité alors que dans mon travail j’ai déjà eu à récolter des témoignages nombreux de pillages, de viols, de tortures, d’exécutions de prisonniers, de répressions politiques, d’assassinats politiques, de violences et menaces, de bombardements de civils non pas par hasard mais volontairement et désormais l’enlèvement d’enfants ordonné et couvert par le gouvernement ukrainien. Le même jour lors d’une rencontre avec Monsieur Pouchiline qui est le principal négociateur pour la République populaire de Donetsk, ce dernier indiquait que seul un point des accords avait été complètement réglé par les deux parties. La veille de l’anniversaire des accords de Minsk, Pouchiline déclarait : « que les Ukrainiens bloquent les négociations sur tous les points politiques, ils refusent de s’avancer sur les points importants et campent sur leur position, cette entêtement empêche de régler les problèmes politiques, notamment la tenue d’élections dans le Donbass, les changements de la Constitution, les lois à adapter et ensuite le règlement naturel des affaires militaires. Or l’Ukraine ne s’intéresse justement qu’aux affaires militaires et il est évident que la paix, la stabilisation de la situation ne peuvent passer que par la résolution des problèmes politiques ».

Monsieur Pouchiline poursuit sur sa lancée en évoquant les travaux et les avancées de la République de Donetsk : « nous n’avons pas le temps d’attendre les Ukrainiens, nous construisons depuis plus d’une année un nouvel état, nous devons atteindre des objectifs, construire des administrations, construire un pays, faire en sorte que nos deux républiques soient reconnues, que nos citoyens puissent voyager librement, se rendre dans d’autres pays, comme tous les autres citoyens du monde, par ailleurs nous avons eu à prendre en charge le financement de ce processus, la naissance des administrations, le paiement des salaires des fonctionnaires, le paiement des pensions de retraites, d’invalidité, nous n’avons pas le temps de nous attarder, notre population doit continuer à vivre, plusieurs millions de personnes sont concernées ».

Madame Chepikova quant à elle évoque la situation des personnes du Donbass qui ont fui la guerre, l’Armée ukrainienne et les répressions : « Je ne suis pas sur le tableau politique, mon engagement est celui de la cause des enfants, les enfants ne doivent pas être mêlés à la politique, moi-même je m’intéresse seulement à leur sort, à leur bien-être, nous avons de nombreux projets positifs, notamment au niveau du sport ou d’actions culturelles. Si j’ai bien mon opinion politique, ce qui m’importe encore une fois, ce sont les droits de l’enfant. Beaucoup de personnes ont fui, ils sont souvent coincés en Russie, dans leurs familles ou ailleurs, ils ont du mal à trouver du travail, ils voudraient rentrer chez eux mais ils ont peur aussi de la guerre, ils ont peur de l’Ukraine, d’une offensive, d’un retour aux heures terribles du passé. En ce qui concerne les enfants de la République, nous avons ouvert en septembre 2015, environ 1 000 écoles, seules 23 sont fermées, détruites ou sous la menace ukrainienne, mais il reste il est vrai des écoles dans des situations dangereuses ».

Le récit de Jaana Chepikova confirme celui de Monsieur Pouchiline, à savoir le désir des habitants de construire un avenir, pour la première évidemment centré sur la jeunesse et l’enfance, l’essence même du futur, pour le second politiquement pour faire que ce pays qui est de fait indépendant et qui fonctionne, obtienne de la communauté internationale et bien sûr de l’Ukraine, le droit à exister, le droit à choisir ses dirigeants, le droit aussi à ses frontières. Les deux personnalités parlent de la libération des territoires occupés, à savoir des frontières des deux anciens oblats de Lougansk et Donetsk. L’Ukraine en effet ne pourra se payer le luxe ; à moins que les Occidentaux alimentent en argent frais le conflit, payent les factures de munitions, les armes et le ravitaillement ; d’entretenir une armée de plus 60 000 soldats sur le front du Donbass. Cette situation folle perdure justement par l’entêtement à la fois des extrémistes ukrainiens qui paralysent toutes les chances d’une sortie du conflit par la négociation et de l’Occident qui vise la Russie à travers cette guerre. Monsieur Pouchiline terminait son allocution en indiquant : « que l’Allemagne de Merkel garante des accords de Minsk avait un rôle important mais que la France ne semblait pas être en mesure de jouer un rôle au vu de l’absence quasi-totale de déclaration du Président François Hollande sur le sujet du Donbass et de l’Ukraine ».

Laurent Brayard pour DONi

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