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La Turquie pourrait bâtir une mosquée monumentale à Budapest

La capitale de la Hongrie pourrait accueillir le plus vaste centre islamique d’Europe centrale. L’information remonte à plusieurs semaines, mais la crise migratoire qui secoue la Hongrie comme le reste de l’Europe apporte un éclairage nouveau.

– Parce que le Fidesz au pouvoir assimile ouvertement l’arrivée actuelle de migrants à l’invasion ottomane au 16 siècle et qu’il développe un discours teinté d’islamophobie, la lune de miel entre les nationalistes hongrois (du Fidesz et du Jobbik) et l’AKP turc pourrait tourner court. Zoltan Bolek, leader le la Communauté islamique hongroise (Magyar Iszlám Közösség) a décrété un boycott de la coalition gouvernementale.

– Sous l’effet de la crise actuelle, le Jobbik est en train de perdre son particularisme (plusieurs de ses leaders sont réputés islamophiles, lire cet article du « Monde Diplomatique« ) pour muter en un parti d’extrême-droite anti-immigrationniste et islamophobe, plus classique en Europe. Ses liens serrés avec les autorités turques pourraient aussi subir des dommages.

Ce qui suit est un article publié le 9 août dans le quotidien « La Libre Belgique » (payant).

orban-erdoganLe sultan Soliman le Magnifique lui-même n’aurait pas rêvé plus grand et le poète Gül Baba doit se retourner de plaisir dans son tombeau sur la colline aux Roses de Buda ! Car si le projet est mené à bien, la mosquée appelée à voir le jour dans la capitale hongroise sera grandiose : quatre minarets, des annexes, des patios, des jardins ornés de fontaines… Un édifice plus immense même que ceux édifiés par l’Empire ottoman lors de l’occupation du pays aux XVIe et XVIIe siècles.

De prime abord, la nouvelle peut surprendre, car l’islam est marginal en Hongrie : six mille personnes se sont déclarées de religion musulmane au recensement de 2011 (ils seraient en réalité quelques dizaines de milliers). Qui plus est, le Premier ministre hongrois n’en finit pas de tonner contre l’arrivée massive de migrants issus de pays musulmans, qu’il désigne comme une invasion de grande ampleur menaçant l’Europe chrétienne.

Malgré cela, les relations sont excellentes entre les nationalistes-conservateurs au pouvoir à Budapest et Ankara. « Orban et Erdogan s’apprécient, le Fidesz (hongrois) et l’AKP (turc) sont deux partis avec des vues très similaires, explique Emel Akcali, chercheuse turque en sciences politiques à l’Université d’Europe centrale. Ils bâtissent leur pouvoir sur le nationalisme, sur la personnalité d’un leader proche du peuple et sur un discours d’indépendance par rapport à l’Ouest. »

Le tropisme oriental de Viktor Orban suscite l’incompréhension et la méfiance à l’Ouest, mais on ne peut réduire les relations turco-hongroises à la proximité de deux autocrates, insiste cependant Mme Akcali : « Il y a une sorte de relation positive héritée du passé et, contrairement à ce que l’on observe en Europe de l’Ouest, la population hongroise a une image positive de la Turquie et la Hongrie est très favorable à son entrée dans l’Union européenne. »

Il est vrai que, bien que des générations d’écoliers hongrois continuent d’apprendre la comptine « Coccinelle, envole-toi ! Les Turcs arrivent, ils vont bientôt venir te tuer ! », la Turquie jouit d’un certain prestige dans le pays.

Des liens qui découlent du passé ottoman

Ce projet de mosquée illustre-t-il le « néo-ottomanisme » souvent reproché à la Turquie d’Erdogan ? « C’est plutôt un signe de l’émergence d’un soft-power qui va de pair avec l’émergence économique du pays, estime Emel Akcali. En Hongrie comme dans les autres pays d’Europe centrale et du sud-est, les soap operas turcs sont par exemple très à la mode, il y a aussi les bourses pour étudiants, etc. La Turquie n’a pas de ressources naturelles comme la Russie, mais elle a son passé ottoman et les liens culturels qui en découlent. »

Pour la Turquie, la Hongrie est une porte d’accès à l’Union européenne et une alliée favorable à son adhésion. Budapest soutient notamment le projet de gazoduc « Turkish Stream » qui pourrait acheminer du gaz russe vers l’Europe via la Turquie.

Une priorité diplomatique

Pour la Hongrie, l’émergence économique turque offre de nouvelles perspectives dans le cadre de « l’ouverture vers l’Est » par laquelle le Fidesz souhaite réduire la dépendance économique aux pays de l’UE. Au mois de mars dernier, le Premier ministre hongrois a fixé à ses ambassadeurs comme priorité diplomatique les relations avec « les trois grandes puissances qui ont déterminé ce qui nous est arrivé au cours des mille dernières années » : l’Allemagne, la Russie et la Turquie. Un discours qui rejoint les aspirations de Gabor Vona, le leader du second parti de Hongrie, le Jobbik (extrême droite), qui entretient des liens solides avec la Turquie.

Les Hongrois ont intensifié ces relations diplomatiques ces dernières années, qui ont culminé en 2013 avec les visites croisées de M. Orban et de M. Erdogan. L’occasion d’inaugurer chacun un centre culturel, de signer des accords de coopération économique et culturelle et d’obtenir la levée des visas pour les Hongrois en Turquie en échange de la levée des visas pour les hommes d’affaires turcs.

Une stratégie qui rencontre un certain succès : depuis le retour du Fidesz au pouvoir en 2010, le volume des échanges commerciaux hungaro-turcs a augmenté de 40 %, pour s’établir à 2,8 milliards de dollars en 2014. L’objectif a été porté à 5 milliards pour cette année.

La mosquée ferait donc office de cerise sur le gâteau. Depuis que ses plans ont été dévoilés au printemps – dans une vidéo diffusée par une fondation liée au ministère turc des Affaires religieuses -, la municipalité de Budapest et les autorités turques cherchent un emplacement qui satisfasse les deux parties. Les négociations portent sur le quartier de Köbanya-Kispest, une ancienne banlieue ouvrière dans la périphérie sud-est de la capitale. L’édifice ne devrait donc pas avoir le privilège de trôner dans le centre-ville, aux côtés de la Basilique Saint-Étienne et de la Grande Synagogue, la plus grande d’Europe.

hulala

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