Accueil » Actualité » Politique » Economie » ARGENTINE: Le pays sera déclaré en faillite mercredi soir à minuit s’il ne trouve pas un accord

ARGENTINE: Le pays sera déclaré en faillite mercredi soir à minuit s’il ne trouve pas un accord

-- Temps de lecture: 3 minutes --

Mercredi soir à minuit, le pays sera déclaré en faillite s’il ne trouve pas un accord avec les fonds vautours Elliott et Aurelius, qui ont racheté une partie de sa dette.

Sur le cadran du compte à rebours des négociations, il ne reste plus que quelques heures. Mercredi à minuit, heure de New York, l’Argentine risque de revivre la pire page de son histoire économique récente, celle de 2001. Treize ans après son défaut de paiement, le pays de Cristina Kirchner est de nouveau à deux doigts de la faillite. A moins que Buenos Aires ne trouve d’ici là un accord avec Elliott Management et Aurelius, ces fonds spéculatifs qui lui réclament le remboursement d’une dette de 1,3 milliard de dollars (967 millions d’euros).

Quelles sont les origines du risque de défaut de paiement ?

Le bras de fer entre le gouvernement argentin et le fonds spéculatif Aurelius et surtout Elliott Management trouve son origine dans la crise de 2001. A l’époque, le ministre de l’Economie, Domingo Cavallo, reconnaît ne plus pouvoir recourir aux crédits internationaux «ruineux» pour continuer à financer un déficit budgétaire qui n’en finit pas de se creuser. La crise s’installe. L’inflation s’envole. La pauvreté explose. Les capitaux s’éclipsent. Le président Fernando de la Rúa déclare forfait. Le plus important défaut de paiement est annoncé à la face du monde. L’Argentine ne remboursera pas sa dette extérieure, qui dépasse les 100 milliards de dollars. Du jamais vu. Une déflagration qui coûte à l’Argentine de ne plus pouvoir se financer sur les marchés internationaux.

Pendant des années, les gouvernements argentins successifs vont négocier une restructuration de sa dette. Aux quatre coins du monde, 93% des investisseurs qui en détiennent se rendent à l’évidence : Buenos Aires ne paiera pas. A moins d’accepter une forte décote, de 70%. La quasi-totalité de créanciers finissent par accepter le deal : une décote assortie d’un calendrier de remboursement étalé sur plusieurs années. Mais c’est sans compter les récalcitrants : 7% des détenteurs d’obligations argentines préfèrent négocier avec les fonds vautours américains, ces derniers rachetant sans attendre leurs créances, mais à bas prix.

Comment opèrent les fonds vautours ?

Le plus souvent américains, les fonds vautours ramassent ces titres «zombies» d’entreprises ou d’Etats vendus à la casse par des investisseurs en pleine déconvenue. Dans le cas argentin, les fonds Elliott Management et Aurelius mettent la main sur un pactole potentiel de plus de 1,3 milliard de dollars. Mais refusent le jeu de la restructuration proposé par l’Etat. Leur spécialité ? La faille juridique. Elliott et Aurelius traînent les pays en banqueroute devant les tribunaux, dans l’espoir de les forcer à payer 100% de la valeur faciale de la dette qu’ils détiennent, et qu’ils ont racheté à vil prix. Elliott se vante d’ailleurs d’avoir fait plier des pays comme le Pérou ou la Zambie. Dans le cas argentin, l’opération pourrait lui rapporter un rendement de 1 600%.

Sur quoi repose le litige entre l’Argentine et Elliott ?

Le bras de fer a gagné en intensité le 23 juillet 2012, lorsque le juge de New York Thomas Griesa, à la suite d’une demande du fonds Elliott, interdit à l’Argentine d’honorer les échéances de la partie de sa dette déjà restructurée. A moins que Buenos Aires ne rembourse aussi les fonds Elliott et Aurelius. Certes, l’Argentine a les moyens de payer les 1,3 milliard de dollars pour ces deux fonds. Mais si elle le fait, elle prend un risque : que l’ensemble des 7% de hold out (ceux qui ont refusé la restructuration de la dette) ne se présentent eux aussi devant les tribunaux pour réclamer leur créance à 100%. Et là, la facture se monterait à 19,5 milliards de dollars. Pire encore, il n’est pas exclu que les détenteurs d’obligations déjà restructurées leur emboîtent le pas. Le montant de l’addition serait alors de 120 milliards de dollars. Bref, retour à la case départ.

Que peut-il se passer demain soir à New York ?

L’Argentine fait tout pour gagner du temps. Il s’agit pour elle d’obtenir un délai jusqu’en janvier 2015. Si le tribunal new-yorkais lui accordait, il permettrait à la clause «Rufo» (Rights upon future offers) d’expirer. Celle-ci, ajoutée en 2005 et 2010 par Buenos Aires, précise que l’Argentine ne peut en aucun cas offrir de meilleures conditions financières aux hold out, sauf à traiter tout le monde sur la base de ces meilleures conditions. Or, mercredi soir, l’Argentine doit payer les 93% qui ont accepté la restructuration. Mais si aucun accord n’est trouvé avec le fonds Elliott et Aurelius, elle sera toujours dans l’interdiction de les payer. A moins de rembourser tout le monde à 100%… Le pays sera alors effectivement en défaut, car ses réserves de change ne dépassent pas les 30 milliards de dollars. Et un défaut prononcé par le juge Griesa aurait pour conséquence de retarder encore le retour de Buenos Aires sur les marchés financiers. Avec en prime une récession.
Vittorio DE FILIPPIS

 

newsletter

Abonnez-vous à notre Newsletter

0



Laisser un commentaire

x

Check Also

Europol met en garde contre le retour des daechistes

-- Temps de lecture: < 1 minute -- Dans un entretien avec l’Associated ...

ArabicDutchEnglishFrenchGermanRussian