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La crise ukrainienne, une épreuve décisive pour l’OTAN

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Dissuader Vladimir Poutine d’aller plus loin, sans donner de signes d’agressivité qui lui donneraient prise. La Crimée annexée, l’OTAN maintient une posture de retenue dans le face-à-face avec la Russie. Est-ce tenable, alors que le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, assure que le conflit est « entré dans sa phase militaire » après la mort d’un soldat à la suite de tirs russes, mardi 18 mars ?

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L’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN et M. Iatseniouk a confirmé qu’il ne souhaitait pas intégrer l’Alliance. Mais celle-ci est directement ébranlée par la crise. « Poutine veut éviter toute étape, même mineure d’un rapprochement de l’Ukraine avec l’Ouest. Pour cela il a une double tactique : créer de l’instabilité pour rendre l’OTAN nerveuse, et créer de la division dans l’OTAN », note Camille Grand, de la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris.

Va-t-on continuer à vendre de l’armement à Moscou ?

Quatre cents marins russes sont attendus à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) dans les semaines qui viennent pour prendre en main le premier des deux porte-hélicoptères de classe Mistral vendus par la France. Le Vladivostok contient un système de communication et un radar ultramodernes. En 2011, les alliés d’Europe de l’Est avaient jugé que Paris enterrait trop vite la guerre froide avec cette vente, la première d’un pays de l’OTAN à la Russie. La coïncidence de la mise à l’eau du bateau le 5 mars et de l’occupation militaire de la Crimée est jugée au mieux « malencontreuse ». « Pour ces alliés, c’est une traîtrise totale de livrer un matériel de guerre sophistiqué en pleine crise », confirme une source militaire française à Bruxelles.

Mais Paris ne change pas de position. Ne pas livrer le Mistral, « c’est le niveau 3 des sanctions, et nous n’y sommes pas, a dit Laurent Fabius mardi. Ça ne peut être envisagé que dans le cadre de sanctions générales. Il n’y a pas de raison que ce soit uniquement la France. » Un contrat intergouvernemental engage les deux pays et la vente (1,2 milliard d’euros) est déjà payée aux deux tiers, fait valoir le ministère de la défense. La survie des chantiers navals de Saint-Nazaire en dépend. Le contrat représente 1 000 emplois industriels pendant quatre ans.

Londres, qui freine des mesures susceptibles de menacer les fonds russes à la City, a annoncé mardi suspendre « toute coopération militaire » avec Moscou. La question devrait être abordée vendredi par le Conseil européen.

Comment rassurer les alliés européens de l’Est ?

« Il va falloir, dans les semaines qui viennent, donner des assurances » à la nouvelle Europe, convient-on à Bruxelles. Les pays du groupe de Visegrad – Pologne, Hongrie, Slovaquie et République tchèque – ont décidé, le 16 mars, de renforcer leur coopération militaire et de créer une unité de combat commune dans l’OTAN. Pour l’heure, « ce qui devait être fait pour rassurer notre pays a été fait », indique un diplomate polonais, évoquant l’envoi de F16 américains et des Awacs de l’OTAN aux frontières. « Mais nous ne voyons pas de sortie de crise », ajoute-t-il.

Une clarification est attendue quant à l’investissement des Etats-Unis dans la sécurité de l’Europe, à l’heure du rééquilibrage stratégique américain vers l’Asie. Le New York Times écrit mercredi : « Le vice-président Joseph Biden est allé en Pologne et dans les nations baltes mardi avec un message de réassurance sur le fait qu’être membre de l’OTAN implique la protection des Etats-Unis, mais l’engagement de l’Alliance dans la sécurité collective de l’Ukraine et d’autres pays non membres n’est pas clair. »

L’OTAN voit sa politique d’élargissement questionnée, la crise enterrant toute perspective dans l’espace post-soviétique. « L’OTAN devrait approfondir sa coopération avec la Géorgie et la Moldavie (…). Mais elle doit éviter des gestes qui déclencheraient un nouveau conflit dans le Caucase qu’elle n’assumerait pas », estime Steven Pifer, expert de la Brookings Institution et ancien ambassadeur américain à Kiev.

La fin ou la relance de l’OTAN ?

Pour certains experts, la crise ukrainienne relance l’OTAN, qui démontre toute sa pertinence en jouant un rôle dissuasif face à Vladimir Poutine. Pour d’autres, au contraire, il faut clarifier son rôle. « Le rassemblement de 28 pays hésitants face à l’usage de la force ne crée pas une menace pour Poutine, juge un diplomate français. Obama saisit l’affaire comme une occasion d’être ferme alors qu’il est faible, c’est une erreur. » Si le président russe avance ses troupes dans l’est de l’Ukraine, quels seront les plans ?

« Nous savons enfin de quoi parler au prochain sommet de l’OTAN » prévu en septembre au Pays de Galles. La boutade de cet officiel en dit long. Avant la crise, les alliés se demandaient que mettre sur la table, hormis la piteuse sortie d’Afghanistan. « La machinerie de l’OTAN, très angoissée sur son avenir, va prétexter de la crise en Ukraine pour redévelopper des programmes contre une menace russe, analyse un ancien ministre français pour qui l’OTAN doit se redéfinir face aux nouvelles menaces. Mais cela n’a rien à voir avec la menace soviétique. Jamais Poutine ne se lancera contre les Baltes ou la Pologne. La question de la perte de sens de l’organisation restera ouverte. »

Quel impact sur les armes nucléaires ?

Dans la crise, la Russie viole l’engagement pris le 5 décembre 1994 dans le mémorandum de Budapest, souligne Nicolas Roche, il y a peu encore conseiller diplomatique du ministre français de la défense : l’Ukraine renonçait alors à l’arme nucléaire en échange d’une garantie de sécurité de la Russie, des Etats-Unis et du Royaume-Uni. « La Russie démontre qu’un pays non nucléaire non couvert par une alliance peut être traité de façon différente des autres », juge M. Roche. De quoi encourager les Etats proliférants, Iran en tête, dans leur entreprise. Face à cette violation, Etats-Unis et Royaume-Uni ont « l’obligation de répondre, même s’ils ne sont pas obligés de le faire par la force militaire », assure Steven Pifer. « Plus que jamais, indique M. Roche, la dimension nucléaire de l’Alliance doit faire l’objet d’une réflexion collective à 28. »

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