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La pension à 75 ans | règlements de comptes

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Le sujet est presque tabou parce qu’il choque les personnes qui ont travaillé et cotisé toute leur vie.  Mais, plus on avance, plus il sera douloureux de trouver une solution au problème des pensions.  Tout le monde le sait, l’Etat n’a fait aucune provision pour les pensions futures et ce sont les personnes actives qui financent les pensions actuelles.  Le vieillissement de la population et la forme de notre “pyramide” des âges sont des menaces majeures.  Mettre la tête dans le sable est irresponsable et il faut mettre en place des adaptations de notre système de pensions trop généreux et obsolète le plus vite possible !

En 2010, les personnes de plus de 65 ans représentaient en Belgique 17,2% de la population recensée et les pensions coûtaient 34 milliards EUR à l’état fédéral, soit 18,7% de ses dépenses annuelles.  Vu la forme de la “pyramide” des âges de notre population, nous pouvons voir arriver d’ici 10 ans une forte augmentation du nombre de pensionnés et, ce, pendant les 10 années qui suivront.  L’augmentation réelle du nombre de personnes pensionnées est compliqué à anticiper précisément étant donné que la mortalité future n’est pas connue.  Mais, étant donné les progrès de la médecine, qui prolongent l’espérance de vie, et la diminution drastique du nombre de personnes actives (le bas de la “pyramide”), nous courrons à la catastrophe si le système reste en l’état actuel.

Alors, à moins d’augmenter encore la pression fiscale sur les personnes qui travaillent et à moins de trouver d’autres sources de revenus (si elles existaient, elles seraient déjà exploitées…), il va falloir réduire (du moins contenir) les dépenses de pensions.  En d’autres termes, les pensionnés devront partager le même budget entre plus de personnes…

Afin de ne pas mettre en difficulté les pensionnés actuels en réduisant leur pouvoir d’achat, il y a une solution qui s’impose: retarder l’âge légal de la pension des futurs pensionnés.  Cela me semble la voie la plus juste et la plus raisonnable de toutes.  Faisons une courte simulation.  Si nous fixions l’âge de la pension à 70 ans, en partant des chiffres de 2010, nous aurions à peu près 25% de pensionnés en moins, soit une économie de 8,5 milliards EUR par an pour l’état fédéral.  Si nous fixions l’âge légal à 75 ans, l’économie s’élèverait à 17 milliards EUR par an.  Cette deuxième option réduirait le déficit de l’Etat à 0 et nous permettrait de résoudre nos problèmes d’endettement public.  Nous ne pouvons pas appliquer cette solution aux pensionnés actuels car elle priverait brutalement 460.000 (65 à 70 ans) à 920.000 personnes (65 à 75 ans) de revenus, ce qui les obligerait à reprendre du travail en pleine crise…  Mais, nous pouvons le faire pour les futurs départs à la retraite et commencer dès à présent.  Si nous attendons 10 ans pour mettre cette solution en place, la situation pourrait être bien pire…

Il faut dès lors déjà prévenir les jeunes qu’ils doivent épargner eux-mêmes pour leur pension qui ne viendra qu’à 75 ans.  Ceux qui sont à quelques années de la pension vont bien entendu protester car leur travail leur semble de plus en plus pesant à l’approche du départ à la retraite.  Annoncer à une personne de 64 ans qu’elle devra encore travailler 11 ans et non 1 an peut être dramatique, bien entendu. Il y a, certes, une fatigue corporelle et psychique qui peut s’installer, mais il y a aussi une partie psychologique et une question de bonne volonté.  Si l’on est plus en forme et plus longtemps grâce aux progrès de la médecine, et qu’on vit une retraite plus agréable, il n’y a pas de raison pour qu’on ne puisse pas travailler plus longtemps.  Les efforts physiques, même s’ils sont fatiguants sont bons pour la santé et maintiennent le corps en bon état.  Le tout est de trouver un juste équilibre entre travail et repos.  A ce titre, il faudrait introduire plus de souplesse dans la législation sociale afin de permettre à chacun d’adapter ses horaires en fonction de sa situation et en harmonie avec son employeur, sans que celui-ci ne voie les lourdeurs administratives augmenter encore.  On ne peut pas  non plus empêcher ceux qui souhaitent s’arrêter plus tôt de le faire, mais en adaptant le montant de leur pension.  A l’autre opposé, on ne peut pas empêcher les gens qui souhaitent continuer à travailler après l’âge légal de la pension.  Les pénaliser en leur retirant leur droit à la pension est injuste.

Le système actuel a été mis en place lorsque la Belgique avait une économie florissante et à une époque où l’espérance de vie était beaucoup plus courte.  Quand l’espérance de vie s’allonge de 10 ans, il n’y a pas de raison pour que l’âge légal de la pension ne soit pas retardé de 10 ans également.  On peut pleurer et crier tant qu’on veut, quand les caisses sont vides, il faut retrousser ses manches et arrêter de s’apitoyer sur son sort.  Ceux qui garderont la tête dans le sable seront les plus violemment touchés.  Ceux qui sauront anticiper seront mieux préparés.

Mais, j’entends déjà des voix me dire que certains métiers sont pénibles et ne peuvent pas être exercés après un certain âge.  Je les comprends et je les crois.  Il faut dès à présent aider les personnes concernées à anticiper un recyclage dans des fonctions plus légères et valoriser leur savoir-faire.  Les chefs d’entreprise doivent en prendre conscience également.  Mais, il faudra un sursaut de conscience populaire pour maintenir l’”employabilité” des sexagénaires et septuagénaires dans les prochaines années et décennies.

D’autres voix me diront que cette solution provoquera une augmentation du chômage chez les jeunes et chez les personnes plus âgées.  Une diminution du nombre de personnes partant à la retraite provoquera une diminution des postes qui se libèrent.  Certains employeurs ne garderont pas non plus les travailleurs qui ne sont plus productifs après un certain âge.  Pour les jeunes, la solution sera peut-être de vivre plus longtemps chez leurs parents (retour à des foyers tri-générationnels) et d’accepter des jobs en faisant moins de “chichis”.  Pour ce qui est des plus âgés qui perdront leur emploi, la préparation psychologique, le recyclage et la valorisation du savoir-faire et des expériences seront indispensable pour préserver leur “employabilité”.  La souplesse sera une obligation.   Une solution pour les plus âgés serait également un retour aux foyers tri- ou quadri-générationnels.  Les grands-parents peuvent s’occuper des petits-enfants, et les parents des arrière grand-parents, ce qui libèrera de la place dans les crèches et dans les maisons de repos et fera baisser leurs prix…  Pour les plus vulnérables, il faudra toutefois maintenir un système de sécurité sociale efficace, mais qui sera plus intransigeant et plus dur avec les moins courageux. 

Les pays émergents remettent en question notre modèle social vétuste.  Nous y accrocher aveuglément nous mènerait à notre perte.  Nous vivons dans une société de droits et nous oublions nos devoirs.  À force de vouloir toujours plus de confort, nous menaçons la pérennité du système.  Les espèces qui n’ont pas su s’adapter ont disparu, de tout temps.  C’est valable également pour les civilisations…

Philippe Steufken

via : http://blog.lesoir.be/reglements-de-comptes/2014/02/05/la-pension-a-75-ans/

 

 

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