Accueil » Actualité » Politique » Politique internationale » Dieudonné joue la carte du «martyr du système politique»

Dieudonné joue la carte du «martyr du système politique»

-- Temps de lecture: 5 minutes --


Photo Afp

 

«D ieudonné pense que l’on peut tout se permettre, eh bien moi je dis non»: c’est en ces termes que le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, parle de la (nouvelle) affaire Dieudonné, dans le quotidien «Le Parisien», auquel il accordé un long entretien paru samedi 28 décembre. Il poursuit: «Il faut casser cette mécanique de haine».

« L e Parisien» constate: «écœuré par les attaques répétées contre les journalistes Frédéric Haziza (Radio J) et Patrick Cohen (France Inter), le ministre de l’Intérieur lance la contre-attaque et envisage tout bonnement de faire interdire les spectacles de Dieudonné».

A la question du journaliste Eric Hacquemand: « Y-a-t-il un risque de trouble à l’ordre public lors de ses spectacles?», le ministre répond: «Les événements de ces derniers jours montrent qu’un seuil a été franchi et que le risque existe. Je vais donc adresser une instruction aux préfets. A l’occasion de chaque spectacle, ils devront apprécier si le risque de trouble est caractérisé et justifie d’interdire la représentation. Arriver à l’interdiction peut prendre du temps. Mais nous ferons tout pour y arriver».

Et la liberté de création et d’expression, rétorque le journaliste? «La liberté d’expression est sacrée mais le racisme et l’antisémitisme sont des délits. Depuis longtemps Dieudonné n’est plus un comique et sa démarche ne relève plus de la création. Pour tout dire, il ne fait plus rire personne. Ses spectales sont devenus des réunions politiques où il déverse sa haine».

Haine: le mot est lâché et le ministre assène: «Il faut casser cette mécanique de haine».

Dès «les prochains» jours, et avant le 9 janvier, date à laquelle commencera cette tournée d’une trentaine de spectacles en France, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls va donc adresser une circulaire aux hauts représentants de l’Etat.

Une contre-offensive loin d’être gagnée

Le Monde note: «cette annonce fait suite à une quinzaine particulièrement mouvementée. A Lyon, le 24 décembre, six jeunes gens se réclamant de la communauté juive ont été mis en examen pour des violences contre un jeune qui avait arboré le signe de la « quenelle » sur Facebook – un geste popularisé par Dieudonné et que les associations juives voient comme un salut nazi inversé. Quelques jours auparavant, Dieudonné s’était attaqué au présentateur de la matinale de France Inter, Patrick Cohen, qui s’était interrogé sur l’opportunité d’inviter Dieudonné dans les médias. « Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de faire sa valise (…). Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz, dommage… », avait déclaré l’humoriste sur la scène de son théâtre de la Main d’or, à Paris.

Aux suites judiciaires (Radio France a porté plainte) s’ajoute donc désormais cette offensive politique qui paraît loin d’être gagnée, si l’on se réfère aux nombreux recours engagés dans le passé par des collectivités pour s’opposer à la venue de Dieudonné sur leur territoire. « Nous avons dû avoir entre dix et quinze recours contre nous à ce jour. Nous les avons tous gagnés », indique l’avocat de l’humoriste, Me Jacques Verdier».

Anelka provoque

Depuis, c’est l’embrasement médiatique, s’il était encore possible: dans la journée de samedi, constate le Parisien, «Nicolas Anelka n’a pas peur de la provocation. L’ex-international français a célébré (…) son premier but de la saison avec son club anglais de West Bromwich Albion en accomplissant une «quenelle», ce geste popularisé par l’humoriste controversé Dieudonné, un signe ouvertement antisémite pour ses détracteurs» Samedi soir, Nicolas Anelka expliquait sur Twitter qu’il s’agissait «juste d’une dédicace pour (son) ami humoriste Dieudonné».

Interdire les spectacles de Dieudonné, donc: Violaine Jaussent de francetvinfo avertit que ce sera difficile: parce que les arrêtés municipaux sont contestés par les avocats de Dieudonné; parce qu’il faut démontrer un «trouble de l’ordre public»; parce qu’il est impossible de censurer a priori.

Un remède pire que le mal?

Et Giuseppe Di Bella, historien, citoyen engagé, sur le site du Nouvel Observateur redoute que le remède soit pire que le mal et qu’il ne s’avère pas un piège sournois: «Une interdiction des spectacles de l’humoriste pourrait provoquer un mal beaucoup plus grand que le remède envisagé. Il risquerait alors de pouvoir s’ériger en martyr du système politique et s’attirer ainsi la sympathie d’une partie de l’opinion publique qui, jusqu’ici, faisait preuve d’une certaine indifférence à son égard. C’est bien là qu’est le problème. Et il est de taille». Car, note l’historien, «les Français ont horreur de la censure. Ils sont très attachés à la liberté d’expression (…) Ne laissons pas Dieudonné s’ériger en martyr du système politique. C’est un rôle qu’il semble attendre depuis longtemps. Ne soyons pas dupes. Ne tombons pas dans le piège sournois qu’il nous tend. Ne lui offrons pas le plus beau rôle de sa vie. Il risque de se comparer à Voltaire, embastillé pour ses écrits satiriques, en 1717».

Un casse-tête pour les associations anti-racistes

dieudonnée

Complexe, décidément, que de s’attaquer efficacement aux stratégies de la «dieudosphère». Ainsi, sous la plume de Benoît Hopquin, du Monde, l’analyse du phénomène Dieudonné fait tout simplement frémir, tant la mécanique du personnage semble imparable: «Alors, quand François Hollande ou Manuel Valls lui font le cadeau de vouloir l’interdire, après tant de maires UMP ou PS, il jubile (« C’est une promotion formidable »), il ne crie pas au martyre individuel, trop malin, mais au calvaire collectif. Car ce n’est pas lui qu’on veut faire taire mais les Français. Il n’est « qu’un intermédiaire entre le peuple et cette poignée de dirigeants ». Il est celui qui dit, claironne ce qui est tu. Il s’appuie en cela sur cette vérité révélée, indiscutable, à la base de la théorie du complot : « Personne n’en parle. » Face à cette conspiration, il est celui qui va « mettre le système en difficulté ». « La résistance progresse », assure le premier des maquisards. Alors, sur la musique du Chant des partisans, il brocarde François Hollande le censeur et son public reprend en choeur : « François, la sens-tu, qui se glisse dans ton cul, la quenelle. A bien y regarder, la censure n’est que relative. En revanche, sa promotion est un modèle du genre. Rien de plus attirant qu’un paria. Mais, au bout du compte, les enregistrements de ses spectacles sont regardés par 1 million de personnes en moyenne sur YouTube. Il s’affiche avec des sportifs aussi peu antisystème que Yannick Noah, Mamadou Sakho, Tony Parker ou Teddy Riner. Il tourne dans les plus grandes salles de France. Les places pour ses spectacles sont en vente dans toutes les billetteries à plus de 40 euros.»…

Et Benoît Hopquin de conclure: «Cette rare symbiose entre l’artiste et le spectateur, cette mécanique bien huilée du rire est le casse-tête des associations antiracistes ». 

Évaluer cet article

x

Check Also

Islam : pourquoi les sunnites et les chiites s’entretuent (vidéo)

-- Temps de lecture: 7 minutes --     On présente souvent ...

Europe: vers un probable “Italexit” ?

-- Temps de lecture: 1 minute -- Les trois partis politiques italiens ...

ArabicDutchEnglishFrenchGermanRussian
error: © Copyright Cybercomnet, All Rights Reserved. !!